Bien choisir sa prochaine entreprise

Bien choisir sa prochaine entreprise

Quand on veut partir, on sait précisément ce qu’on quitte, mais pas encore ce qu’on va trouver. Cet écart nourrit la peur de se tromper, et pousse à choisir vite, à reprendre les mêmes critères que la fois précédente ou à procrastiner sa recherche d’emploi, et donc à rester dans son entreprise actuelle. Avant de regarder la moindre offre, il est important de se demander : est-ce vraiment mon environnement de travail qui pèche, ou sont-ce les missions en tant que telles ? Car changer d’employeur ne résout que le premier cas.

En bref

  • Avant de changer d’entreprise ou de secteur, vérifiez que c’est l’environnement qui pèche, et non les missions elles-mêmes.
  • Nommez précisément ce qui ne va pas (le manager, la culture, les valeurs, le secteur) pour savoir quoi chercher, et quoi éviter.
  • Enquêtez avant d’accepter : réputation, salariés, green et red flags, questions ouvertes en entretien, et cadre de travail négocié dès le départ.

D’abord, vérifier que c’est bien l’environnement qui pèche

Si ce sont les missions qui ne vous conviennent plus, changer d’entreprise ne suffira pas : il faut d’abord redéfinir ce que vous voulez faire. Un test en 8 questions aide à faire la différence, et l’article sur la reconversion prend le relais si la réponse est le métier. Si c’est l’environnement, la suite de cet article est pour vous.

Nommer ce qui pèche, et ce dont vous avez besoin

« L’environnement » est un mot trop large pour guider un choix. Prenez le temps de préciser, pour chaque dimension, ce qui vous a manqué et ce dont vous avez absolument besoin demain :

DimensionCe qui pèche aujourd’huiCe dont j’ai besoin
Le managementLa relation avec mon manager, la reconnaissance
Les conditions concrètesRémunération, charge de travail, télétravail, trajet
La culture et les valeursLes valeurs de l’entreprise ou du secteur, les jeux politiques
Le respect et la sécuritéPratiques toxiques, équilibre de vie
Les perspectivesPossibilité d’évoluer
Les relationsLe climat d’équipe, les collègues
Le secteur d’activitéCe que je n’aime plus dans ce secteur

Ces dimensions sont détaillées dans l’article sur les 3 piliers de l’épanouissement professionnel. Une question aide à trancher : « Pour m’épanouir dans ma prochaine entreprise, de quoi ai-je besoin ? » Vos réponses deviennent votre grille de lecture.

Enquêter avant d’accepter

Une offre décrit un poste, et trop peu une entreprise telle qu’elle se vit de l’intérieur. Pourtant, l’appréhender le mieux possible est important pour éviter de se tromper, car il est possible de « ressentir » l’entreprise en amont et d’identifier des green flags ou des red flags. Quelques pistes pour vous faire une idée avant de dire oui :

  • Regardez sa réputation en ligne : les avis de salariés sur Glassdoor, et ce que Google remonte à son sujet (actualités, articles, avis). Sur LinkedIn, tapez le nom de l’entreprise dans la barre de recherche, puis sélectionnez « Publications » pour lire ce qui se dit à son sujet, ou « Personnes » pour trouver celles qui y travaillent. Lisez ces avis avec recul : ils ne représentent qu’une partie des salariés, mais des reproches qui reviennent d’un avis à l’autre méritent votre attention.
  • Repérez les labels et classements employeur, comme Great Place To Work : la certification repose sur une enquête menée auprès des collaborateurs (60 questions fermées) et exige au moins 65 % de réponses positives, pour une validité d’un an (Great Place To Work France). C’est un indice utile, pas une garantie : il reflète l’entreprise dans son ensemble, pas forcément l’équipe que vous rejoindrez.
  • Parlez à des salariés actuels ou anciens, si votre réseau le permet : c’est la source la plus fiable, et l’article sur le réseautage vous aide à oser le faire.
  • Observez le processus de recrutement lui-même : c’est un échantillon de la culture.

Green flags et red flags : comprendre comment l’entreprise fonctionne de l’intérieur

Le but n’est pas de dresser la liste de tout ce qui peut clocher, mais de juger, vu de l’extérieur, si cette entreprise pourrait vous convenir, et de comprendre comment elle fonctionne de l’intérieur. Vous vous épargnez ainsi de revivre un environnement qui ne vous a pas fait du bien : charge excessive, management pesant, ou relations interpersonnelles difficiles. Aucun signal n’est une preuve à lui seul, mais leur accumulation mérite votre attention.

Pendant le processus de recrutement

Green flagsRed flags
Un processus clair, des interlocuteurs disponibles et cohérents entre euxUn recrutement chaotique : rendez-vous annulés, interlocuteurs qui changent, réponses tardives
Des réponses précises et honnêtes sur le poste, l’équipe et les difficultésDes réponses évasives ou contradictoires d’un interlocuteur à l’autre
Un poste bien défini, avec des attentes explicitesUn poste flou, ou qui cumule plusieurs postes
Un futur manager qui s’intéresse à votre parcours et parle de son équipe avec respectUn futur manager qui dénigre son prédécesseur ou son équipe
Du temps laissé pour réfléchir et rencontrer l’équipeUne pression pour signer vite

Dans l’organisation du travail et le management

Inutile de tout vérifier : choisissez les points qui comptent le plus pour vous, ceux de votre tableau, et testez-les en entretien grâce aux questions plus bas.

SujetÀ rechercherÀ questionner
La charge de travailUne charge soutenable, une semaine type décrite sans détourUn volume qui dépasse ce qui est tenable, des heures supplémentaires vues comme un signe d’engagement
L’autonomieUn management fondé sur la confianceDu micro-management, du contrôle permanent
La clarté des objectifsDes priorités claires, des objectifs stablesDes missions qui changent sans cesse, des responsabilités floues
Le rythmeUne urgence exceptionnelleL’urgence devenue la norme
Le feedbackDes retours réguliers, factuels et équilibrésDes retours rares, ou uniquement négatifs
Le droit de dire nonUn manager qui accepte qu’on négocie la charge, qu’on doute ou qu’on se trompeDes « soldats » qui ne disent jamais non, la fatigue perçue comme une faiblesse
Les relationsDes collègues qui collaborent, des équipes stablesDes tensions évoquées à demi-mot, des départs répétés

Si l’épuisement est ce qui vous a fait partir, cet article détaille comment l’environnement de travail y contribue.

Les questions à poser en entretien

Un entretien va dans les deux sens. Deux clés changent tout :

  1. Posez des questions ouvertes. « Comment se passe le travail en équipe ? » en dit bien plus qu’un « Est-ce que l’ambiance est bonne ? », qui appelle un oui de façade.
  2. Écoutez ce que les réponses cachent : les incohérences d’un interlocuteur à l’autre, les flous, les questions éludées. Puis confrontez les réponses officielles à celles que vous obtenez en backstage, auprès de salariés actuels ou anciens.

Voici des questions à recopier, et ce qu’elles révèlent :

SujetQuestion à poserCe qu’elle révèle
Le poste« Pour quelles raisons mon prédécesseur est-il parti ? »Création, remplacement ou départ subi, et la franchise de l’interlocuteur
Le manager« Qu’attendez-vous de vos équipes ? »Ses attentes et sa vision de son rôle
La collaboration« Qu’est-ce qu’une collaboration réussie selon vous ? »Sa conception du travail en commun
Les risques psychosociaux« Vous dites faire attention aux risques psychosociaux (RPS) : comment cela s’incarne-t-il chez vous ? »L’écart entre le discours et les pratiques
La charge« Comment évaluez-vous la charge de travail des équipes, et à quoi ressemble une semaine type ? »La prise en compte réelle de la charge, le rythme vécu
L’équipe« Depuis combien de temps les membres de l’équipe sont-ils là ? Y a-t-il eu des départs récents ? »Le turnover
Le feedback« Comment se passent les retours sur le travail, et à quelle fréquence ? »La culture du retour, ou son absence
Les attentes« À quoi ressemblerait une réussite dans ce poste à 6 mois ? »La clarté des objectifs
Les perspectives« Quelles évolutions ont connues les personnes qui ont occupé ce poste ? »Les possibilités réelles de progression

Rencontrer votre futur manager et votre équipe

Demandez à rencontrer la personne à qui vous reporterez, et si possible quelques membres de l’équipe, avant de dire oui. C’est là que se joue l’essentiel : selon Gallup, les managers expliquent au moins 70 % de la variance des scores d’engagement des salariés, autrement dit l’essentiel des écarts d’une équipe à l’autre (Gallup, étude américaine). Le manager que vous aurez pèsera plus que le nom de l’entreprise.

Décider sans vous précipiter, et poser votre cadre dès le départ

Comparez chaque offre à votre grille plutôt qu’à votre seule impression du moment, et ne signez pas sous pression : un employeur qui respecte votre temps de réflexion est déjà un signal positif. Si vous menez cette enquête tout en restant en poste, voici comment chercher en toute discrétion. C’est aussi le moment de négocier votre cadre de travail, avant d’être en poste : une fois les habitudes installées, il est bien plus difficile de poser des limites. La négociation de l’offre vous donne des repères pour le faire, et la réussite de votre prise de poste prend ensuite le relais.

Le cas de Charlotte : choisir, puis poser son cadre dès le départ

Responsable formation, Charlotte avait vécu un burn-out lié à un management défaillant chez son précédent employeur, et en restait profondément marquée. Quand elle a cherché sa nouvelle entreprise, elle voulait à tout prix éviter de reproduire ce schéma. Vous retrouvez une partie de son histoire dans l’article sur les signaux pour changer d’entreprise.

Je lui ai suggéré des questions ouvertes à poser lors de ses entretiens, sur le management : ce que son futur manager attendait de ses équipes, ce qu’était pour lui une collaboration réussie, pourquoi son prédécesseur était parti, comment il incarnait concrètement l’attention aux risques psychosociaux, comment il évaluait la charge de travail. Elle les a posées, en écoutant autant les réponses que ce qui restait éludé.

Puis est venu le temps de négocier. Charlotte a posé son cadre de travail dès le départ : plus d’ordinateur ouvert après 19 h, ni le week-end, sauf urgence extrême. C’est cette négociation initiale qui a été la clé : elle lui a permis de se protéger et de travailler en sécurité, plutôt que de laisser les limites se défaire une fois en poste.

Bien choisir son entreprise : les questions qu’on me pose le plus souvent

Faut-il refuser une offre si le manager ne me convainc pas ? Pas nécessairement d’emblée, mais c’est un signal à prendre au sérieux, puisque c’est lui qui pèse le plus sur votre quotidien. Reposez-vous la question : ce point est-il compatible avec votre grille de besoins ?

Peut-on vraiment rencontrer l’équipe avant de signer ? Oui, c’est une demande légitime et courante, et la manière dont elle est accueillie en dit long.

Et si l’entreprise n’a aucun avis en ligne ? C’est fréquent pour les petites structures. Comptez alors davantage sur les échanges avec des salariés et sur les questions posées en entretien.

Cet article vous parle ?

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Eleanor Peek
Eleanor Peek, coach carrière et leadership

Depuis 7 ans, j'accompagne les femmes à évoluer et performer avec confiance et sérénité sans s'épuiser, même dans des environnements exigeants. +225 femmes accompagnées · 59 avis Google 5★

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