Réseauter pour trouver un emploi, même quand on n'aime pas ça
Le réseau pèse pour de vrai dans une recherche d’emploi, que vous cherchiez à changer d’entreprise ou que vous meniez une recherche de cadre dans la durée. En 2018, 32 % des cadres embauchés étaient déjà connus d’un collaborateur ou recommandés par une tierce personne (Apec, Baromètre Sourcing cadres, rétrospective 2009-2019). Mais beaucoup de femmes que j’accompagne freinent avant même d’essayer : « je ne sais pas faire », « je vais déranger », « je ne veux pas utiliser les gens ». Ce sont des croyances, pas des faits. Voici comment les dépasser, et par où commencer concrètement.
En bref
- Réseauter n’est pas une démarche opportuniste : c’est une compétence qui se travaille, avec une méthode, pas un don réservé à certaines personnalités.
- Les plus grosses opportunités viennent rarement de votre premier cercle, mais des personnes qui gravitent autour de lui.
- Demander conseil, jamais un poste, est le meilleur moyen d’ouvrir une conversation sans se sentir intrusive.
5 croyances qui vous empêchent de réseauter
« Je vais paraître maladroite ou intrusive »
Briser la glace ne demande pas de charisme particulier : cela s’apprend, comme le reste. S’intéresser sincèrement à l’autre, être attentive à ce qu’elle dit plutôt qu’à ce que vous allez répondre, suffit largement à mettre quelqu’un à l’aise. Cette peur de déranger rejoint souvent la difficulté à s’affirmer au travail : les deux se travaillent avec les mêmes réflexes.
« Je reste avec ceux que je connais, c’est plus simple »
C’est l’erreur la plus fréquente. Le formateur en développement commercial Axel Bombezin distingue trois cercles de relations, une grille de lecture utile pour sortir de cette zone de confort :
| Cercle | Qui | Ce qu’il apporte | Le risque |
|---|---|---|---|
| Les pairs | Des personnes à votre niveau, mêmes enjeux | Entraide rapide, échanges faciles | On y stagne : on avance à la vitesse de ceux qu’on fréquente |
| Le cercle ascendant | Mentors, experts, décideurs | Ils ont plusieurs longueurs d’avance, peuvent faire gagner des années | Demande d’apporter de la valeur en retour, pas seulement de solliciter |
| Le cercle stratégique | Des personnes pas directement liées à votre projet, mais connectées à qui vous voulez atteindre | Ce sont souvent les ponts vers les plus grosses opportunités | Facile à négliger, car le lien n’est pas évident au premier abord |
Rester uniquement dans le premier cercle, c’est se priver des deux autres.
« Je ne veux pas paraître intéressée ou opportuniste »
C’est l’inverse qui fonctionne. Axel Bombezin parle d’une loi d’équilibre relationnel : donner avant de recevoir. Un retour sincère sur un post, une mise en relation, une ressource utile, un simple compliment légitime : ce sont des gestes accessibles, qui n’ont rien de calculé s’ils partent d’un intérêt réel pour l’autre. Cette peur d’être perçue comme intéressée touche souvent les femmes qui doutent de leur légitimité : le syndrome de l’imposteur pousse à minimiser sa demande avant même de l’avoir formulée.
« Je ne vois pas de retour immédiat, donc ce n’est pas ma priorité »
Le réseau fonctionne dans la durée, pas dans l’instant. Une personne rencontrée aujourd’hui peut ouvrir une porte dans six mois ou dans deux ans. Attendre un résultat immédiat à chaque échange, c’est se fermer à ce que le réseau apporte justement le mieux : des opportunités qu’on ne voit pas venir.
« Le networking n’est pas fait pour les introverties »
C’est faux. La qualité d’écoute et la présence réelle à l’autre, souvent plus naturelles chez les personnes introverties, sont des atouts en networking, pas des freins. Il n’existe pas un seul profil qui réussit à réseauter.
Ce que réseauter n’est pas
Se montrer stratégique, calculer qui pourrait vous être utile un jour : c’est cette dimension utilitariste qui bloque le plus de femmes, par peur d’être perçue comme intéressée, ou de devoir « jouer un rôle » pour plaire.
Ce qui fonctionne, c’est l’inverse : se remettre au centre de la relation plutôt que de chercher à tout prix à projeter la bonne image. Se demander ce qui vous intéresse réellement chez cette personne, avec qui vous avez envie d’échanger, plutôt que de vous demander comment être aimée. Garder le cœur ouvert, accepter de ne pas apprécier tout le monde, et vous autoriser à ne pas être parfaite : vous avez le droit d’être fatiguée ou peu inspirée un jour donné, cela ne va pas changer votre image professionnelle du tout au tout.
Comment s’y prendre concrètement
- Clarifiez votre projet. Un réseau ne peut vous aider que si vous êtes capable de le résumer simplement : quel poste, quel secteur, pourquoi.
- Ciblez. Quelques secteurs, quelques entreprises précises, plutôt que de parler à tout le monde sans direction.
- Sortez de votre premier cercle, en vous appuyant sur les recommandations : demandez toujours à votre contact commun s’il est d’accord pour vous mettre en relation, et contactez la personne recommandée rapidement.
- Ne demandez jamais un poste directement. Demandez un conseil, un éclairage sur un secteur, un avis sur votre positionnement. Par exemple : « J’aimerais mieux connaître votre secteur d’activité, pouvez-vous m’en parler ? »
- Préparez votre prise de contact et votre présentation. Une présentation courte (30 à 60 secondes) suffit : qui vous êtes, ce que vous cherchez, pourquoi vous vous adressez à cette personne.
- Assurez un suivi. Un mot de remerciement après l’échange, des nouvelles régulières pendant votre recherche, un remerciement à l’arrivée dans un nouveau poste : c’est ce qui distingue un contact ponctuel d’une vraie relation.
- Tenez un rythme régulier, comme évoqué dans l’article sur la recherche d’emploi de cadre : 3 à 5 actions réseau par semaine, pour obtenir 1 à 3 rendez-vous.
Tirer parti de l’informel (afterworks, séminaires, pots de départ)
Ces moments imposés par la culture d’entreprise sont aussi des occasions de réseauter, sans que cela ressemble à du networking. Quelques repères :
- Demandez-vous ce que vous êtes venue chercher, plutôt que comment vous devez vous comporter pour être appréciée.
- Prenez l’initiative : invitez à déjeuner une personne dont le poste ou le parcours vous intéresse. Demander conseil reste un excellent prétexte.
- Mieux vaut être sympathique qu’impressionnante : une énergie sincère et positive suffit à créer une bonne relation, sans avoir à démontrer sa valeur.
- Vous n’êtes pas obligée de tenir jusqu’au bout si vous êtes fatiguée. Rester centrée sur vos besoins n’est ni impoli ni suspect.
Le cas de Clémentine : d’une définition qui pèse à une définition qui libère
Clémentine envisageait une mobilité interne, avec l’aide d’une personne de son réseau qui lui avait proposé de la mettre en relation. L’idée même de réseauter la paniquait : peur de paraître intéressée, peur d’avoir des interactions « inadaptées » et de nuire à l’image qu’on avait d’elle, gêne avec le small talk. Elle résumait sa difficulté ainsi : « On est sûre de savoir être, mais pas sûre de savoir faire. »
En séance, je lui ai demandé comment elle définirait elle-même un réseau. Sa réponse : « Des relations professionnelles pour lesquelles on reconnaît des compétences spécifiques ; sur la base de cette reconnaissance, on s’entraide. » Cette définition, centrée sur la compétence à prouver, était justement ce qui créait la pression. Je lui en ai proposé une autre : un réseau est l’ensemble des relations professionnelles construites, entretenues et activées autour d’intérêts, de valeurs ou d’objectifs communs, au sein desquelles circulent de l’information, de la sympathie, des opportunités, des services rendus, de la chaleur humaine.
Retirer la notion de compétence a retiré un poids : celui de devoir sans cesse prouver quelque chose. Nous avons aussi abordé une inquiétude fréquente : impossible d’entretenir une relation de qualité avec un très grand nombre de personnes. Ce qui permet de garder un lien, même après une longue période sans contact, c’est la qualité du lien initial, l’authenticité, l’honnêteté, et la possibilité de rendre la pareille plus tard.
À la suite de cette séance, Clémentine s’est sentie plus à l’aise pour réseauter. Elle a même obtenu un déjeuner avec son N+2, qui s’est très bien passé, et dans lequel elle a osé parler pour la première fois de ses ambitions professionnelles.
Daphné, qui cherchait à changer de poste en interne, n’était pas à l’aise non plus avec le réseautage : peur de déranger, d’être visible, d’être jugée. Elle manie aujourd’hui ces techniques de mieux en mieux, ce qui sert directement son évolution professionnelle.
Réseauter pour trouver un emploi : les questions qu’on me pose le plus souvent
Dois-je réseauter même si je ne cherche pas activement un emploi ? Oui, c’est même le meilleur moment : sans urgence, les échanges sont plus naturels, et vous construisez un réseau avant d’en avoir besoin.
Comment relancer quelqu’un qui ne répond pas ? Une relance courte, sans reproche, en rappelant le contexte de votre premier message. Si le silence persiste après deux relances, mieux vaut passer à un autre contact.
Faut-il avoir un profil LinkedIn parfait avant de commencer à réseauter ? Non. Un profil à jour et cohérent suffit ; il continuera de s’améliorer en parallèle. Attendre la perfection retarde surtout le moment de commencer.
Cet article vous parle ?
Vous savez que le réseau compte, mais l’idée de solliciter les autres vous met mal à l’aise ?
Je peux vous accompagner à réseauter à votre façon, sans forcer votre personnalité, pour transformer vos relations professionnelles en vraies opportunités.
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