Prévenir l'épuisement de son équipe quand on est manager

Prévenir l'épuisement de son équipe quand on est manager

Une manager a un vrai rôle à jouer dans la prévention de l’épuisement de son équipe : elle peut en être le facteur protecteur, ou au contraire l’accélérateur de fatigue. Mais dans les entreprises qui épuisent, la manager elle-même est souvent passée au rouleau compresseur avant son équipe. Face à cette pression, deux issues se dessinent le plus souvent : soit elle répercute ce rythme sur son équipe sans le vouloir, soit elle fait barrière pour la protéger, au prix de sa propre énergie. Trop souvent, une manager n’est pas formée à repérer l’épuisement, ni chez elle ni chez les autres : elle est, autant que son équipe, sujette au déni, au pilote automatique, et à ne plus écouter son propre corps.

En bref

  • Une manager peut être un facteur protecteur ou un accélérateur de fatigue pour son équipe, et elle n’y est formée que rarement, pour elle-même comme pour les autres.
  • Les signaux à repérer vont dans les deux sens : l’épuisement déjà installé, mais aussi le surinvestissement d’une collaboratrice fiable qui tient un rythme intenable, bien avant l’effondrement.
  • Le modèle Karasek identifie 3 facteurs qui, combinés, font exploser le risque d’épuisement quelle que soit la résilience individuelle : charge, autonomie, soutien.

Les signaux à repérer chez son équipe

Certains signaux montrent qu’un épuisement est déjà installé : un présentéisme qui s’étire sans gain de production réel, une baisse de qualité inhabituelle, de l’irritabilité ou du repli, parfois des pleurs, une fatigue perçue qui ne passe pas, un air abattu, absent, ralenti, quelqu’un qui s’éteint. Le désengagement silencieux compte tout autant : une personne auparavant investie qui se résigne, ne pose plus de questions, se contente d’exécuter en pilote automatique ce qu’on lui demande.

Un autre signal, souvent manqué, va dans l’autre sens : repérer qui tient un rythme intenable, avant l’effondrement. Le rôle d’une manager n’est pas seulement de voir qui est déjà épuisé, mais aussi qui en fait trop et risque de s’y conduire. Ce sont souvent les salariées les plus fiables, les plus engagées, celles qui ne lâchent rien, qui s’épuisent en premier : la sociologue du travail Danièle Linhart les appelle les « employés sentinelles », dans le documentaire « La mécanique du burn-out » (France 5, Le monde en face, 2018).

L’angle mort de la manager elle-même épuisée

Une manager en surcharge perd sa capacité à repérer l’épuisement ailleurs : son propre seuil de référence s’est déplacé, elle normalise ce qui ne devrait pas l’être. Difficile de s’inquiéter qu’une collaboratrice reste tard quand on y reste soi-même.

Ce qui dépend de vous, de l’entreprise, et du collaborateur

QuiCe qui en dépend
La managerCharge répartie, reconnaissance exprimée, autonomie accordée, clarté des priorités
L’entrepriseCulture, moyens, organisation structurelle, sécurité de l’emploi
Le collaborateurSon rapport au travail, ses propres mécanismes (perfectionnisme, syndrome de la bonne élève)

Ces trois niveaux se combinent presque toujours : agir sur le seul niveau managérial ne suffit pas toujours à lui seul, mais c’est celui sur lequel vous avez le plus de prise directe.

Ce que près de 50 ans de recherche montrent : le modèle Karasek

Le sociologue américain Robert Karasek a développé, en 1979, un modèle qui reste aujourd’hui l’un des plus utilisés en santé au travail : la demande psychologique, la latitude décisionnelle (autonomie), complétées en 1990 par Töres Theorell avec le soutien social. Ces trois facteurs, combinés, font exploser le risque d’épuisement, quelle que soit la résilience individuelle de la personne concernée. Ce n’est pas une théorie récente, c’est un savoir que trop peu de managers apprennent, alors qu’il donne des leviers d’action concrets sur les 3 facteurs qui dépendent le plus directement d’elles.

Les pièges organisationnels qui favorisent l’épuisement

En tant que manager, certains fonctionnements, même avec les meilleures intentions, favorisent l’épuisement de l’équipe : la logique du « toujours plus » qui pousse à plus de charge et plus de résultats sans jamais redescendre, l’urgence devenue la norme et le repos une exception, des priorités qui changent sans cesse sans jamais se stabiliser assez longtemps pour être tenues, des process rigides qui empêchent toute flexibilité, l’absence de reconnaissance exprimée, une charge émotionnelle ou relationnelle excessive laissée sans espace pour être nommée.

Les leviers concrets

  • Éviter le micro-management : accorder une vraie marge de décision sur la façon de faire, pas seulement sur le résultat attendu, ce qui suppose aussi d’apprendre à déléguer sans culpabiliser soi-même.
  • Donner de la visibilité sur les priorités, pour que chacune sache ce qui compte vraiment, plutôt que de tout traiter avec la même urgence.
  • Demander régulièrement un retour anonyme sur la charge et la fatigue ressenties, pas seulement sur les résultats : la charge perçue n’est pas toujours visible dans les chiffres.
  • Sortir d’une logique d’urgence permanente, en distinguant ce qui est réellement urgent de ce qui a simplement été traité trop tard.
  • Faire monter en compétence plutôt que suradapter la charge : une collaboratrice qui manque d’outils finit par compenser par du temps, ce qui épuise plus vite que ça ne forme.
  • Modéliser soi-même un rythme soutenable. Un rythme soutenable tient compte à la fois du run (l’opérationnel quotidien) et des projets (les nouveaux chantiers lancés) : si le run occupe 60 % du temps et les projets 60 % également, la surcharge est déjà là, même si chaque chiffre pris séparément semble raisonnable.
  • S’intéresser aux risques psychosociaux (RPS) et suggérer une formation à l’entreprise. Proposer ce type de formation préventive relève normalement de l’entreprise, pas d’une initiative solitaire de la manager, mais rien n’empêche de la demander et de s’y former par curiosité personnelle en attendant.
  • Être exemplaire, pas seulement bienveillante dans le discours. Dire ce qu’on fait, et faire ce qu’on dit : une manager qui recommande de se préserver tout en envoyant des messages à 23h n’est pas crédible, même avec les meilleures intentions.

Un pattern qui revient souvent

Ce pattern revient régulièrement dans mes accompagnements, vu du côté de la personne qui l’a vécu : une coachée épuisée non par elle-même, mais par le micro-management de sa manager, l’absence de priorités claires et une logique du « toujours plus » venue de l’organisation. Ces éléments se combinent presque toujours, rarement un seul facteur isolé.

Prévenir l’épuisement de son équipe : les questions qu’on me pose le plus souvent

Faut-il attendre un arrêt maladie dans l’équipe pour agir ? Non. Les signaux d’alerte précèdent presque toujours l’arrêt de plusieurs semaines ou mois : les repérer tôt change tout.

Comment demander un feedback honnête sans braquer son équipe ? En le rendant anonyme et régulier plutôt qu’exceptionnel, et en montrant concrètement que les retours précédents ont changé quelque chose, sans quoi la démarche perd vite sa crédibilité.

Et si l’épuisement vient surtout de l’entreprise, pas de moi en tant que manager ? C’est fréquent, et ça ne vous enlève pas toute marge de manœuvre : la clarté, la reconnaissance et l’autonomie que vous accordez restent sous votre contrôle, même quand la structure globale ne change pas.

Cet article vous parle ?

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Eleanor Peek
Eleanor Peek, coach carrière et leadership

Depuis 7 ans, j'accompagne les femmes à évoluer et performer avec confiance et sérénité sans s'épuiser, même dans des environnements exigeants. +225 femmes accompagnées · 59 avis Google 5★

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