Chercher un emploi de cadre
Aujourd’hui, chercher un job est un job à temps plein. Il faut définir sa cible, retravailler son CV et son profil LinkedIn, candidater, relancer, préparer les entretiens, entretenir son réseau. Et quand on regarde les annonces, on voit combien de personnes ont déjà postulé, ce qui peut décourager avant même d’avoir envoyé sa candidature. Alors comment tenir sur la durée, sans s’épuiser ni perdre confiance ?
En bref
- Une recherche d’emploi de cadre demande un vrai cadre de travail (des plages fixes, un rythme, un suivi), sinon elle déborde sur tout le reste ou ne se fait pas.
- Les annonces restent un canal majeur, mais 55 % seulement des recrutements de cadres se finalisent grâce à elles, et environ un tiers des cadres embauchés étaient déjà connus d’un collaborateur ou recommandés (Apec, 2019).
- Un refus ou un silence dit très peu de votre valeur. Un rythme soutenable, un suivi simple et un point d’étape régulier aident à tenir.
Chercher un emploi, un travail à temps plein
Chercher un poste, c’est un ensemble de tâches distinctes : clarifier ce que vous voulez, cibler des entreprises, adapter vos candidatures, relancer, passer des entretiens, entretenir vos relations professionnelles, faire de la veille. Sans cadre, cela se dilue. Le plus efficace est de le traiter comme un vrai travail : des plages fixes dans la semaine, des actions concrètes, et des moments où l’on s’autorise à ne pas y penser.
Cette tâche est d’autant plus ardue quand on cherche en étant en poste : il faut trouver le temps et l’énergie entre deux réunions, préparer ses entretiens, tenir ses dossiers actuels. Elle a pourtant ses avantages, notamment la sécurité financière et la liberté de choisir plutôt que de subir l’urgence. Elle devient encore plus difficile quand on est épuisée par son travail actuel. L’enjeu est alors peut-être de lever le pied, car il est parfois impossible de tout mener de front : tenir dans son poste et en chercher un autre. Dans ce cas, mieux vaut d’abord retrouver de l’énergie, ou repenser la façon de quitter son entreprise. Les trois voies possibles pour partir sont détaillées dans cet article, et celui sur l’épuisement professionnel aide à faire le point sur où vous en êtes.
Les sites d’emploi : utiles, mais parfois décourageants
LinkedIn et les sites d’emploi restent incontournables : en 2018, 89 % des recrutements de cadres relevaient du marché dit « transparent », celui où une offre est publiée (Apec, 2019, source citée plus bas). Mais y passer tout son temps a un coût moral. On voit le nombre de candidatures déjà déposées. On se fait parfois « ghoster » (aucune réponse, pas même un refus). Ou l’on reçoit des réponses génériques qui n’apprennent rien sur sa candidature. On a vite l’impression d’envoyer des messages dans le vide.
Et surtout, une offre publiée ne veut pas dire que le poste sera pourvu grâce à elle : en 2018, 55 % seulement des recrutements de cadres ont été finalisés grâce à la diffusion d’une offre (Apec, 2019). Le reste passe par d’autres chemins : candidatures spontanées, réseau, approche directe.
Une idée reçue circule : la majorité des postes de cadres se trouveraient dans un « marché caché », jamais publié. Les données de l’Apec disent autre chose : ce marché caché ne pèse que 4 % des recrutements de cadres en 2018, contre 9 % en 2008.
Le réseau, l’autre moitié de la recherche
Cela ne veut pas dire que le réseau est secondaire. En 2018, 32 % des cadres embauchés étaient déjà connus d’au moins un collaborateur ou recommandés par une tierce personne. Et 42 % des recruteurs qui sollicitent leur réseau finissent par embaucher quelqu’un de connu ou recommandé (Apec, Baromètre Sourcing cadres, rétrospective 2009-2019). La part des recruteurs qui mobilisent leur réseau est passée de 48 % en 2008 à 55 % en 2018.
Les deux canaux se complètent : les annonces pour ce qui est publié, le réseau pour être connue et recommandée. Dans ma pratique, je recommande un équilibre de l’ordre de 50/50 : la moitié de son temps de recherche consacrée aux candidatures, l’autre moitié au réseau. Diversifier permet de mieux se sécuriser : si un canal est lent, l’autre continue d’avancer.
En plus des candidatures ciblées sur des annonces, pensez aux candidatures spontanées : selon l’Apec, 59 % des PME et 71 % des ETI et grandes entreprises ont recruté des cadres par ce biais en 2024 (Apec, Pratiques de recrutement de cadres 2025). Visez quelques entreprises seulement, avec une courte « offre de services » plutôt qu’une lettre classique, adressée à un manager métier plutôt qu’aux RH.
Beaucoup de femmes que j’accompagne freinent pourtant à l’étape du réseau : « je ne sais pas faire », « je vais déranger », « je ne veux pas utiliser les gens ». Une première étape simple : demander un conseil ou un éclairage sur un métier, un secteur ou une entreprise, jamais un poste. Par exemple : « J’aimerais mieux connaître votre secteur d’activité, pouvez-vous m’en parler ? »
Se fixer un rythme soutenable
Plutôt qu’un objectif de résultat (« je dois trouver avant la rentrée »), qui ne dépend pas de vous, fixez-vous des actions dont vous maîtrisez la fréquence. Un exemple de semaine, à ajuster selon votre disponibilité :
| Activité | Repère |
|---|---|
| Candidatures ciblées et spontanées | Quelques-unes par semaine, adaptées à chaque poste ou entreprise, plutôt que des envois en masse |
| Réseau | 3 à 5 actions réseau par semaine (messages, relances, prises de contact) pour obtenir au moins 1 à 3 rendez-vous réseau par semaine, pendant toute la durée de la recherche |
| Suivi et relances | Un créneau fixe pour tenir votre tableau à jour |
| Jours sans recherche | Au moins un jour par semaine, sans culpabilité |
Ne pas prendre les refus et les silences pour un verdict
Un silence ou un refus peut avoir mille causes : un poste déjà pourvu en interne, un budget gelé, un profil très proche d’un autre candidat, un process qui s’étire. Aucune ne dit quoi que ce soit de votre valeur. Quelques réflexes qui aident :
- Tenir un tableau de suivi (entreprise, contact, date, prochaine action) : voir où l’on en est sans tout garder en tête.
- Demander un retour après un entretien, même bref : c’est de l’information, pas une démarche de plus.
- Espacer les relances et les rendre courtes, plutôt que de se demander chaque jour si l’on a été oubliée.
- Lire chaque « non » comme une information sur la cible ou la candidature plutôt que sur votre valeur.
Garder de l’énergie, et ne pas chercher seule
Une recherche longue épuise, surtout quand on la mène alors que l’on est déjà fatiguée de son poste actuel. Ce qui aide : un point régulier avec une personne de confiance (collègue, coach, pair), un réseau où l’on peut échanger (anciens de son école ou de son entreprise, réseau métier, réseau féminin), et des activités qui n’ont rien à voir avec la recherche. Si la fatigue prend le dessus, ces leviers contre la fatigue au travail valent aussi pendant une recherche, tout comme ce qui aide à récupérer vraiment.
Faire le point après quelques mois
Si rien ne bouge, mieux vaut chercher ce qui bloque que d’en faire plus de la même façon :
| Ce que vous constatez | Ce que ça peut indiquer | Piste |
|---|---|---|
| Peu de réponses à vos candidatures | Cible floue, CV ou profil peu lisible | Reclarifier votre projet et votre message |
| Des entretiens sans suite | Posture ou présentation à travailler | S’entraîner, obtenir un regard extérieur |
| Aucun contact réseau | Frein à réseauter | S’y mettre par petites étapes |
| Fatigue ou perte de confiance | Rythme trop dense ou trop isolé | Alléger, en parler, se faire accompagner |
Si votre projet lui-même manque de clarté, la méthode en 5 étapes aide à le poser avant d’aller plus loin.
Mélodie : reprendre une recherche après trois ans loin de l’entreprise
Mélodie a commencé sa recherche dans une situation particulièrement difficile : après des années d’épuisement, elle était restée trois ans loin de l’entreprise, avait perdu confiance en elle et craignait de ne pas être à la hauteur. Elle voulait retrouver un poste aligné avec ses ambitions, avec une vraie stratégie de carrière, qu’elle n’avait jamais eue.
Ce qui l’a le plus aidée, selon ses propres mots : les séances sur le réseautage et la stratégie LinkedIn, « les plus puissantes ». Elle a clarifié son projet, rebrandé son profil, et s’est mise à aller vers les gens : elle travaille son personal branding sur LinkedIn, participe à des conférences, développe ses propres contenus. Au moment de son témoignage, elle n’était pas encore en poste, mais elle avait des échanges en cours avec plusieurs grands groupes internationaux, et elle notait : « j’ose davantage aller vers les gens, je suis plus libre et plus optimiste ». Son témoignage complet raconte son parcours.
Chercher un emploi de cadre : les questions qu’on me pose le plus souvent
Combien de temps dure une recherche d’emploi de cadre ? Cela varie beaucoup selon le secteur, le niveau, la conjoncture et votre projet. L’important n’est pas une durée moyenne, mais un rythme que vous pouvez tenir sur plusieurs mois.
Faut-il chercher à temps plein quand on est encore en poste ? Pas à temps plein, mais avec des plages régulières et réalistes. Chercher en poste retire la pression financière, à condition de garder l’énergie de mener les deux.
Comment relancer sans harceler ? Pour une candidature spontanée, l’Apec suggère de relancer après 4 à 5 jours en apportant un élément de valeur (un article, une information sectorielle), puis d’espacer. Passé cela, mieux vaut passer à autre chose que d’insister.
Que faire si aucune de mes candidatures n’aboutit ? Faites le point sur la cible, le CV et le réseau (tableau ci-dessus) plutôt que d’envoyer davantage. Un regard extérieur aide à repérer ce que vous ne voyez plus.
Pour tenir dans la durée, un cadre simple suffit : des actions régulières, un suivi léger, des pauses assumées et des personnes autour de soi.
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