Syndrome de l'imposteur au travail

Syndrome de l'imposteur au travail

Le syndrome de l’imposteur ne reflète pas un manque de compétence : il met en lumière un décalage entre ce que vous avez réellement accompli et ce que vous ressentez à ce sujet. Plus cet écart ressenti est important, plus le sentiment d’imposture est puissant. Vous pouvez être objectivement compétente, avoir les preuves sous les yeux (un diplôme, une promotion, des félicitations), et pourtant continuer à penser que vous n’êtes pas légitime, que vous avez eu de la chance, ou que les autres vont finir par « découvrir » que vous n’êtes pas à la hauteur. Bref, vous dénaturez ce que vous accomplissez.

Ce sentiment a été identifié dès 1978 par les psychologues américaines Pauline Rose Clance et Suzanne Imes. Près de 50 ans plus tard, il reste l’un des freins les plus fréquents que je rencontre en coaching, tout particulièrement chez les femmes en prise de poste ou en promotion.

Estelle, directrice de projet, a vécu cela en reprenant le travail après un arrêt : « Je souffrais d’un sentiment d’imposture parce que je n’avais “que” un Bac+2, pas de grande école de commerce, et j’avais beaucoup de mal à reconnaître ma propre valeur face à des directeurs dont j’idéalisais la fonction. » Ce sentiment la freinait concrètement : elle n’osait ni se positionner face à sa direction, ni explorer les postes qui l’intéressaient, convaincue de ne pas être à la hauteur malgré dix-sept ans d’expérience dans son secteur. Elle raconte comment elle a appris à reconnaître sa propre valeur.

Pourquoi il touche particulièrement les femmes

Une méta-analyse portant sur 108 études et plus de 42 000 participants, publiée en 2024 dans la revue Current Research in Behavioral Sciences, le confirme : les femmes rapportent en moyenne un niveau de syndrome de l’imposteur plus élevé que les hommes, un écart resté stable depuis les années 1980. Ce n’est pas une question de compétence réelle, mais d’une différence dans la manière de s’approprier ses propres réussites. Au travail, ce mécanisme se traduit ainsi : tant qu’elle ne maîtrise pas parfaitement son rôle, une femme doute plus facilement de sa légitimité, une condition irréaliste qui, par nature, ne se remplit jamais tout à fait. En d’autres termes, pour se sentir légitimes, les femmes s’imposent la perfection : tout connaître, tout savoir, tout maîtriser. Ce sentiment se combine souvent à d’autres freins à l’évolution de carrière, comme le plafond de verre.

Pourquoi il s’intensifie en prise de poste et en promotion

Le syndrome de l’imposteur n’est pas constant : il se réveille précisément dans les moments de transition, quand les repères habituels disparaissent. Un nouveau poste, une promotion, une équipe à diriger pour la première fois : autant de situations où l’exposition augmente, où il n’y a plus de mode d’emploi tout fait, et où la question « qui suis-je pour faire ça ? » revient avec plus de force. C’est aussi souvent le moment où l’écart entre l’ancienne version de vous (dont vous connaissiez les repères) et la nouvelle (encore à construire) est le plus large. En d’autres termes, c’est dans les phases d’apprentissage et de vulnérabilité que ce syndrome se réveille.

Les 4 mécanismes qui alimentent le syndrome de l’imposteur

D’après ce que j’observe en coaching, ce sentiment se nourrit de plusieurs mécanismes précis, pas uniquement d’un « manque de confiance en soi » générique. Vous avez le syndrome de l’imposteur quand vous avez tendance à :

  • Attribuer votre réussite à des causes extérieures à vous. La chance, le contexte, le fait d’avoir travaillé deux fois plus que les autres : tout, sauf vos compétences réelles. Résultat, chaque succès vous rassure sur le moment mais ne vient jamais nourrir durablement votre sentiment de légitimité, puisqu’il n’a « rien à voir » avec vous à vos propres yeux.
  • Banaliser vos accomplissements, avec des phrases comme « c’est normal », « ce n’est pas si difficile », « ça ne m’a pas demandé beaucoup d’efforts », « n’importe qui aurait pu le faire ».
  • Vous imposer une exigence et un perfectionnisme extrêmes. Une exigence élevée couplée à une remise en question constante de vos compétences mène tout droit à l’épuisement : vous en faites toujours plus pour compenser un sentiment qui, de toute façon, ne se comble jamais par le travail fourni.
  • Fuir ou éviter les situations qui vous mettent en pleine lumière, par peur d’être mise en échec ou « démasquée ».
  • Vous saboter, parfois sans vous en rendre compte. Éviter les félicitations, minimiser une réussite en public, ne pas rendre un travail à temps : autant de façons de vous protéger d’un niveau d’attente que vous pensez ne plus pouvoir tenir la fois suivante.

Deux origines reviennent aussi très souvent dans ce que j’entends en séance : des attentes parentales très élevées dès l’enfance, et une origine sociale plus modeste que celle de son entourage professionnel actuel, qui laisse un sentiment durable de ne pas être « à sa place », même une fois objectivement à la hauteur du poste.

4 pistes pour s’en libérer

Ce n’est pas en accumulant plus de preuves de compétence qu’on sort du syndrome de l’imposteur : il n’y a jamais assez de preuves pour combler un doute qui ne se loge pas dans les faits, mais dans le regard qu’on porte sur soi. Le travail se fait en 4 temps :

  1. Comprendre d’où vient cette imposture ressentie. Ce sentiment est presque toujours lié à un vécu précis, pas à la réalité de votre situation actuelle. Identifier son origine (une attente parentale, un contexte social, une comparaison ancienne) permet de la voir enfin comme ce qu’elle est : une histoire, pas un verdict sur vos compétences réelles.
  2. Travailler l’estime de soi, pas seulement la confiance en soi. La confiance se construit sur des preuves extérieures (résultats, retours). L’estime de soi ne dépend pas de la performance : c’est ce qui vous permet de rester légitime même un jour où les choses ne se passent pas bien.
  3. Restaurer sa légitimité, activement. Une question simple, mais puissante, à se poser : quel bénéfice ai-je à minimiser mes compétences ? Souvent, cela évite d’avoir à répéter la performance, ou d’affronter le regard des autres en cas d’échec futur. Nommer ce bénéfice caché est souvent ce qui permet de commencer à s’en défaire.
  4. Se rappeler que ce sentiment est peut-être le signe que vous progressez. Il se révèle justement dans les moments de transition et de montée en puissance professionnelle : c’est souvent le signal que vous êtes en train de grandir, pas que vous n’êtes pas à votre place.

Syndrome de l’imposteur : les questions qu’on me pose le plus souvent

Le syndrome de l’imposteur, c’est la même chose que le manque de confiance en soi ? Non, et c’est une nuance importante : on peut avoir confiance en ses compétences techniques tout en se sentant profondément illégitime dans son rôle. En d’autres termes, ce syndrome reflète comment vous vous percevez, pas ce que vous savez concrètement faire.

Est-ce que ça finit par disparaître avec l’expérience ? Rarement tout seul. L’expérience apporte des preuves supplémentaires, mais tant que le mécanisme qui les rejette n’est pas travaillé, chaque nouvelle preuve est simplement absorbée par le doute, sans jamais suffire à l’éteindre.

Faut-il en parler autour de soi ? Oui, généralement cela aide, à condition de ne pas simplement chercher à se faire rassurer (« mais non, tu es très compétente ! »), qui n’a qu’un effet temporaire. En parler avec quelqu’un qui vous aide à comprendre le mécanisme, plutôt qu’à seulement le calmer, a un effet plus durable.

Est-ce lié au syndrome de la bonne élève ? Les deux se recoupent souvent, mais ne sont pas identiques. Le syndrome de la bonne élève pousse à en faire toujours plus pour obtenir une validation extérieure ; le syndrome de l’imposteur porte plus spécifiquement sur le sentiment de ne pas mériter sa place, indépendamment de ce qu’on produit.

Cet article vous parle ?

Vous venez de prendre un nouveau poste ou d’obtenir une promotion, et vous vous demandez qui vous êtes pour l’occuper ?

Je peux vous accompagner à comprendre d’où vient ce sentiment d’imposture, et à restaurer une légitimité qui ne dépendra plus de la prochaine preuve à apporter. Cela concerne aussi bien votre prise de poste que votre évolution vers plus de responsabilités.

Réservez votre bilan stratégique professionnel : gratuit, sans engagement.

Eleanor Peek
Eleanor Peek, coach carrière et leadership

Depuis 7 ans, j'accompagne les femmes à évoluer et performer avec confiance et sérénité sans s'épuiser, même dans des environnements exigeants. +225 femmes accompagnées · 59 avis Google 5★

Je découvre Eleanor →

Commençons par un bilan stratégique professionnel

En 45 minutes, faisons le point ensemble sur votre situation pour clarifier votre objectif et construire la stratégie la plus adaptée à votre réalité professionnelle.

Réserver mon bilan stratégique professionnel

Articles récents