Préparer son premier comité de direction
Jusqu’ici, vous défendiez votre périmètre : votre équipe, vos résultats, votre service. Au comité de direction (CODIR ou COMEX selon les entreprises), le regard change : on ne vous demande plus seulement de bien faire votre travail, mais de penser l’entreprise dans son ensemble, aux côtés de pairs parfois plus expérimentés. De quoi réveiller le syndrome de la bonne élève, cette envie de bien faire et de ne pas se tromper, qui n’a pourtant pas sa place ici.
En bref
- Le CODIR n’évalue pas votre travail, il vous demande d’incarner une fonction et de porter une vision pour l’entreprise entière, pas seulement pour votre périmètre.
- Ce changement d’identité professionnelle réveille souvent le syndrome de la bonne élève ou le syndrome de l’imposteur : vouloir bien faire, ne pas se tromper, se positionner en mode examen plutôt qu’en contribution d’égale à égale.
- Le piège le plus fréquent est de se justifier ou de défendre son périmètre, plutôt que de fédérer autour d’une vision partagée.
- Se préparer, c’est clarifier ses propres convictions à l’avance, pas réviser pour répondre juste.
Ce qu’on attend vraiment de vous
On ne vous demande pas d’être experte de tout. On attend de vous que vous soyez la représentante légitime de votre périmètre, capable de partager une vision, des constats, et d’embarquer les autres vers un objectif commun. On vous demande de fédérer autour d’une vision, pas de vous justifier ou de chercher à plaire à votre hiérarchie.
Cela suppose de vous comporter de pair à pair, d’égal à égal avec les autres membres, sans vous excuser d’être là. Osez poser des questions, pointer les angles morts, ce qui n’a pas été abordé. Le syndrome de l’imposteur s’intensifie souvent à ce moment précis : incarner la fonction, c’est justement arrêter de se demander si on fait bien, pour se concentrer sur ce qu’il y a à dire. C’est tout l’enjeu du leadership : il ne s’hérite pas avec un titre, il se construit.
Le piège le plus fréquent : se positionner en mode examen
Le réflexe le plus courant est de s’auto-juger et de s’auto-évaluer en continu, plutôt que d’écouter et de comprendre ce qui se joue réellement dans la pièce. On se demande si on a dit la bonne chose, si on a été à la hauteur, au lieu de rester concentrée sur le fond.
Un autre piège, plus discret, consiste à défendre son périmètre plutôt que l’intérêt collectif : vouloir prouver la valeur de son service, au lieu de contribuer aux objectifs de l’entreprise dans son ensemble. C’est souvent ce réflexe de défense personnelle, plus que le sujet lui-même, qui crispe les échanges.
Entre les deux extrêmes, trop parler pour exister ou rester silencieuse par peur de dire une bêtise devant des pairs plus seniors, aucun ne sert votre légitimité.
Se préparer concrètement
- Connaître l’ordre du jour et les sujets de chacun, pas seulement le vôtre : cela permet de comprendre où votre périmètre rejoint celui des autres.
- Préparer une ou deux interventions ciblées, plutôt que de vouloir intervenir sur tout. Mieux vaut un point bien préparé que dix remarques improvisées.
- Vérifier que ce que vous allez dire est aligné avec vos propres convictions, pas avec ce que vous pensez qu’on attend de vous : c’est cette conviction qui embarque les autres, pas la conformité à un rôle.
- Observer les dynamiques avant de vous positionner, surtout la première fois : qui anime, qui tranche, comment les désaccords se règlent.
Le cas d’Océane : « la boss » en dix minutes
Océane, directrice commerciale depuis huit ans dans son entreprise, est passée d’un comité stratégique à trois personnes à un COMEX d’une dizaine, avec deux nouveaux membres qu’elle ne connaissait pas encore. Son directeur général lui avait dit, avec bienveillance mais sans détour, qu’il avait besoin qu’elle soit « la boss » aux yeux de tous.
Son blocage : une tendance à être trop humble, et à vouloir satisfaire sa hiérarchie plutôt qu’à s’affirmer pour elle-même. Pour elle, le leadership, c’est « la capacité à faire adhérer, créer de la cohésion, donner du sens, embarquer les équipes vers un objectif commun, être écoutée, respectée, légitime ». Ce qui l’a aidée à s’en rapprocher, en atelier de co-développement :
- Se rappeler que le leadership tient à une vision claire de ce qu’on veut accomplir, alignée avec ses ressources, et à la conviction d’y croire, pas à parler fort ou à se faire remarquer.
- Vérifier que ce qu’elle allait présenter était 100 % aligné avec ses propres convictions, pas avec ce qu’elle pensait qu’on attendait d’elle.
- Se faire un petit mémo des encouragements reçus, à relire avant un moment stressant.
- Ne pas jouer un rôle qui ne lui correspondait pas : rester elle-même, puisque si elle était invitée à ce niveau, c’est qu’elle y avait sa place.
- Ne pas faire reposer toute sa légitimité sur ce seul rendez-vous : la posture de leader se construit au quotidien, pas en une réunion.
Son premier COMEX s’est plutôt bien passé. L’ambiance reste tendue au travail, dans un contexte de crise économique et d’enjeux financiers importants, mais elle s’est sentie bien dans l’exercice : confiante, légitime, et elle a senti son changement de posture intérieur.
Préparer son premier CODIR : les questions qu’on me pose le plus souvent
Faut-il intervenir dès la première réunion, ou observer d’abord ? Les deux sont possibles. Observer n’est pas un échec : cela permet de comprendre les dynamiques avant de se positionner. L’essentiel est de ne pas rester silencieuse par peur, sur toute la durée du mandat.
Comment réagir si on me pose une question à laquelle je n’ai pas la réponse ? Le dire simplement, et proposer de revenir avec une réponse précise. Une incertitude assumée pèse moins qu’une réponse improvisée et fausse.
Et si les autres membres sont clairement plus expérimentés que moi ? Vous n’êtes pas là pour rivaliser sur l’ancienneté, mais pour apporter la vision de votre périmètre. C’est cette contribution spécifique qui justifie votre présence, pas votre expérience comparée à celle des autres.
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